Mardi 22 mars, Hangzhou



La vie me semble avoir repris plus de corps depuis quelques mois, je sens ma semaine plus réelle que depuis mon arrivée. Je retravaille !
J'ai trouvé un temps partiel dans un hôpital pour enfants, service rééducation, grande majorité de 0-6 ans. Je me sens à la maison quoi. Enfin à la maison ou on ne parlerait que chinois. Un nouveau boulot chinois ET rock n'roll donc.
Deux fois par semaine, je passe plusieurs heures en observation dans les différents secteurs, à regarder comment les thérapeutes travaillent ici, comment les petits réagissent et a échanger avec eux sur les différentes situations - dico en main - et je finis par un cours sur la psychomotricité. Mes collègues sont tous chinois, tous patients, curieux et rapides à rire de mes bêtises en mandarin. C’est une chance incroyable de pouvoir observer un hôpital chinois pour enfants de l'intérieur. Je suis totalement dépaysée par les familles grouillantes dans les couloirs, Maman-Papy-Mamy entasses autour du poussin, les expressions, les façons de faire et de ne pas faire…  Je suis admirative de la qualité du relationnel de mes collègues avec les enfants. Et complètement hilare devant leur méthode très spéciale de balnéothérapie.
J'ai à nouveau du travail et je me retrouve. C'était une drôle de chose de ne pas travailler, une autre identité.

Samedi 19 mars, Hangzhou



Apres Zhengzhou le purgatoire Hangzhou me parait maintenant un vrai paradis. Le lac. Les collines. Même la pluie de ce soir ne m'atteint pas. Elle me lave. Et j'y sens des odeurs de pétales mouilles, une impression de printemps qui la rend douce...

Jeudi 17 mars, Hangzhou


Elsa Wang.
Excessive, rock n’roll, Elsa étincelle, rigole et brule la chandelle. Elsa colérique. Mon amie coup de tonnerre. Elsa emportée mais plus portée. Elsa s’est perdue l’an dernier. Alors elle cherche à se dépouiller. Son bouddha contre le cœur, ou est le calme ?

Je la dessine nue, sans aucun des artifices qu’elle a efface. Elle respire à longues goulées comme on retrouve un air perdu en cette fin de vingtaine. On a 30 ans et on commence à apprendre.


Dimanche12 mars, Zhengzhou



Zhengzhou. 
J'ai la bouche sèche. L'air est lourd, sali de pollution et je sens la poussière se glisser partout, jusqu'au fond de chaque respiration. La circulation est infernale, la voiture se secoue pour éviter nids de poule et co-chauffards. Les bâtiments se succèdent, gris, sales, en voie de destruction ou destruction. Aucun ne semble statique, comme si cette ville semblait maudite d'une agitation perpétuelle, dans l'impossibilité de laisser ses habitants en paix quelque part. Les poubelles dégueulent sur la chaussée face à des entrées de malls luxueux. Prada et Gucci s'exhibent en lettres de feu. Face aux haut-parleurs qui crachent une house de supermarché, ces centres commerciaux deviennent des refuges de calme. Des oasis de beauté qui vendent une autre vie ou une autre ville. Je rentre à Hangzhou le cœur au bord des lèvres. 

Envie de vomir toute cette laideur.

Dimanche 6 mars, Lingyin


La montagne est encore endormie sous ses brumes. Il fait froid, il fait gris. Mais des petites feuilles tendres pointent leur nez sus le vernis sombre des anciennes. Les bourgeons des cerisiers sont prets a eclater. Le brouillard n’en a plus pour longtemps, je croise les doigts.